









Eadweard J. Muybridge (1830-1904) est un photographe américain, célèbre pour ses photographies d'animaux en mouvement. D'origine britannique, Muybridge s'exile en Amérique où il devient photographe paysagiste pour le Coast and Geodetic Survey. Puis il rapporte des reportages remarquables de la guerre des Modocs, de l'Alaska,... qui lui valurent sa célébrité. Ce n'est qu'en 1878 qu'il commence à s'intéresser à la décomposition du mouvement. Il y avait alors, à cet époque, polémique sur la course du cheval. Le physiologiste français Marey affirmait qu'un cheval au galop avait, pendant un moment, les quatre pattes décollées du sol. D'autres affirmaient le contraire. Un riche propriétaire de chevaux a alors organisé un concours pour mettre fin au débat. Muybridge relève le défi et à l'aide de 24 appareils photographiques disposés le long de l'hippodrome et déclenchés par le passage du cheval, il confirme la théorie de Marey. À la suite de cette première et spectaculaire décomposition du mouvement, il entreprit une exploitation systématique de ce procédé. En 1881, il mit au point le zoopraxiscope, projecteur lui permettant de recomposer le mouvement à travers la vision rapide et successive de ces phases décomposées.




Suite à ses expériences, il publie plusieurs ouvrages, dont les plus importants sont Animal in motion (1878) et Animal Locomotion (1887) qui comprend 11 volumes de 100.000 plaques photographiques. Ses travaux le placent en quelque sorte comme l'un des précurseurs du cinéma.



Disdéri, enrichi par ce succès, mène à Paris un train de vie princier. Personnage exubérant,
il défraiera la chronique de ses nombreuses extravagances.
Il ouvrira un studio de grand luxe à Londres. Son opportunisme et son imprévoyance auront raison de sa fortune ; il finira ses jours dans l'indigence, après avoir exercé quelques années à Nice.

ces photographies collées sur un carton au format de 63 x 95 mm, dont l'appellation exacte deviendra - carte de visite - , seront un modèle de référence, et resteront pendant un demi-siècle, le format photographique le plus diffusé dans le monde. Selon l'expression de M. Rouillé, la photographie deviendra "medium à vocation de masse".


Nadar, photographe de l’âme
« Il n’y a pas de photographie artistique. Il y a en photographie comme partout, des gens qui savent voir et d’autres qui ne savent même pas regarder. »
Félix Nadar
Lorsque Félix Tournachon, dit Nadar, journaliste, écrivain et caricaturiste s’intéresse à la photographie en 1854, celle-ci n’a que 15 ans. Elle est encore artisanale : le tirage se fait en plein air, sur châssis, le négatif exposé à la lumière naturelle. il faut attendre plusieurs heures, si le temps est variable, pour obtenir un positif correctement exposé.
Il vit d’abord la photographie par procuration, par l’intermédiaire de son frère, qu’il pousse dans cette voie. La photographie comme aide à la science pour retranscrire les sentiments et expressions humains avec l’aide de la « fée Électricité ».
Puis il commence à photographier ses proches, sa famille et surtout ses amis artistes « la bohème parisienne ». Et quels amis ! Pendant cette période de 1854 à 1860. il « saisit » ainsi Courbet, Berlioz, de Nerval, Doré, Manet, Hugo, George Sand et à de nombreuses reprises sont ami Charles Baudelaire qui dit de lui dans son journal : « Nadar, c’est la plus étonnante expression de vitalité. J’ai été jaloux de lui à le voir si bien réussir dans tout ce qui n’est pas abstrait ».
Ce qui fascine Nadar et se retranscrit dans ses photographies, c’est l’exploration de la « figure humaine », sans artifice. Aucune emphase, aucune flatterie.
Il rompt ainsi les goûts de l’époque. Le portrait absolu où seules les mains comptent autant que le visage. Les yeux dévisagent l’objectif, à l’inverse de ce que préconisent les manuels d’alors. La recherche de la « ressemblance intime »
Un style extrêmement novateur par son dépouillement qu’aucun accessoire, aucun décor ne viennent parasiter.
Le corps du modèle doit trouver ainsi son propre équilibre. La même toile de fond, de couleur unie, un fauteuil ou une chaise, éventuellement, et la Lumière. La lumière du jour, il n’y en a pas d’autre. Tels les impressionnistes, Nadar photographie la lumière : celle du jour et celle de son modèle, qui irradie.
Certains critiques de l’époque ne voient en lui qu’un « voyeur qui réduit ses illustres modèles au niveau de son esprit gamin ». D’autres comparent son traitement de la lumière et des ombres, son art de détacher les visages du fond, les infinis contrastes à celui d’un Titien ou d’un Rembrandt.
Nadar aime le noir. Parfois à l’excès. Le plus souvent cette « noirceur » est due à une sous-exposition (le tirage en plein air ne permettait pas une grande précision). Mais il assume pleinement ses erreurs et les transforme en choix. Le sujet n’est plus le modèle mais la lumière elle-même.
Ainsi pour ce portrait de Baudelaire qui a bougé (le temps de pose demandait environ 18 mn sans aucun mouvement, humainement difficile d’autant plus si l’on s’appelle Baudelaire...)

Elégance sans fioritures. Simplicité des lignes.
Victime de son succès, Nadar commence en 1860, des portraits « commerciaux ». Le tout-Paris se précipite dans son atelier. Il devient à la mode. Le début de la fin. Ses clichés s’encombrent d’accessoires, de tentures en tout genre. Il se perd.
« Mes meilleurs portraits sont ceux des gens que je connais le mieux ».
La Caisse Nationale des Monuments Historiques détient quelques 400 000 plaques de verre originales de Nadar.
Parmi les 100 portraits qu’il nous reste de lui, il est possible d’en admirer quelques uns (notamment ceux de Baudelaire) au Musée d’Orsay.
Copyright © 2003 Charlus. Vous pouvez redistribuer et/ou modifier ce document selon les termes de La Licence Art Libre
Gérard de Nerval
Charles Baudelaire

photographie d'Étienne Carjat. 1861-62

Position réputée la plus commode pour avoir un joli portrait au daguerréotype.

photographie d'Étienne Carjat.
Honoré Daumier
La vie de Daumier (Marseille 1808 - Valmondois 1879) est une vie sans histoires : pas de péripéties romanesques, pas de voyages lointains. Mais il est au cœur de son époque qu’il a auscultée tout au long de sa carrière à l’aide de son crayon à lithographie. Il a vécu sous six régimes différents : l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire et la Troisième République et connu trois épisodes révolutionnaires (les trois Glorieuses, les journées insurrectionnelles de 1848, la Commune de Paris).
Daumier est le fils d’un vitrier (à la fois encadreur, réparateur de tableaux, dessinateur) marseillais qui part pour Paris en 1814 en vue d’embrasser une carrière littéraire qu’il abandonne en 1823. Honoré est d’abord commis puis il suit des cours de dessin auprès du peintre Alexandre Lenoir, travaille chez un lithographe et éditeur. En 1829, il collabore à La Silhouette, premier hebdomadaire satirique illustré en France, créé par Charles Philippon. Il publie ses premières caricatures de Louis-Philippe sous le nom de Rogelin. Gargantua, lithographie en noir et blanc est publiée dans la Caricature, n° 61, du 29 décembre 1831 et exposée dans la vitrine du journal, avant que la justice ne vienne saisir tous les exemplaires et briser la pierre lithographique. Gargantua lui vaudra une condamnation à six mois de prison et à une amende de 500 F "pour excitation à la haine et au mépris du gouvernement". En 1832, les bustes-charges figurant les principaux représentants de la droite sont exposés dans la vitrine du journal Le Charivari de Philippon.
Daumier fait paraître ses charges politiques, notamment le Ventre législatif et Rue Transnonain dans l’Association lithographique mensuelle, supplément à la Caricature qui disparaîtra en 1835, suite à la loi contre la liberté de la presse. Daumier va alors s’en prendre aux mœurs de son temps et réaliser notamment la série des Cent et Un Robert Macaire.
En 1843, il publie quatre gravures dans l’édition Furne des œuvres de Balzac. Sa représentation du père Goriot sera reprise pour le frontispice de La Comédie humaine.
En 1845, il compose la série les Gens de justice.
Sa carrière de peintre commence en 1848 : sa toile La République nourrissant ses enfants et les instruisant est retenue parmi les vingt finalistes d’un concours de peinture. Des commandes officielles s’ensuivent, il participe au Salon avec Le Meunier, son fils et l’âne.
En 1851, il crée la statue de Ratapoil, personnage préfigurant le coup d’Etat de Louis-Napoléon. En 1853, Daumier se lie d’amitié avec les peintres de Barbizon, Camille Corot, Jean-François Millet et Théodore Rousseau.
En 1860, renvoyé du Charivari, il se consacre à la peinture et à la sculpture, mais n’arrive pas à en vivre. Il réintègre Le Charivari le 18 décembre 1963, s’installe à Valmondois en 1865, s’inspire de Don Quichotte dans ses tableaux, sa vue commence à baisser à partir de 1867. Il connaît des difficultés financières, Corot achète sa maison et la lui prête à vie.
En 1871, il publie des lithographies particulièrement sombres sur la guerre de 1870 et s’oppose à la proposition de Courbet d’abattre la colonne Vendôme. Il publie ses dernières lithographies dans Le Charivari en 1872. En avril 1878, une rétrospective de ses œuvres est organisée par la galerie Durand-Ruel et présidée par Victor Hugo. Elle connaît un succès critique mais pas public. Complètement aveugle, Daumier n’y assiste pas. Il meurt l’année suivante.

En 1851, Baldus, Bayard, Le Gray, Le Secq et Mestral parcourent la France afin de « recueillir des dessins photographiques d’un certain nombre d’édifices historiques ». De Reims à Bordeaux, de Strasbourg au Puy, de Fontainebleau à Nîmes, ils photographient, chacun selon sa sensibilité, les églises, les théâtres antiques, les châteaux qui, pour beaucoup, ont souffert sous la Révolution et menacent ruine. Cet épisode mythique est aujourd’hui désigné sous le terme de Mission héliographique, première commande publique collective de l’histoire de la photographie. La commission des Monuments historiques, animée par Prosper Mérimée, qui est à l’origine de cette aventure, a sélectionné les photographes et leur a acheté 258 épreuves (avec les négatifs correspondants), longtemps oubliées, récemment redécouvertes. Pour Mérimée et son équipe, il s’agit de documenter des édifices avant restauration à une époque où la notion de patrimoine est encore fragile.
Le Gray
